Je pensais d’abord vous présenter quelques savons moins significatifs et notamment le recyclage de mon funnel super fluo à la lavande, et attendre un peu avant de vous montrer mon nouveau savon de rêve, car si je les enchaîne ainsi, ce ne sera plus vraiment des savons de rêve, mais il est vrai que j’ai plusieurs rêves.

Commençons par l’hommage aux vivants. Ce savon doit beaucoup à mes deux inspiratrices favorites, c'est-à-dire mon amie Irène dont j’aime tout particulièrement le savon « Il a neigé » qui figure en bonne place dans mon musée personnel. Je me suis inspirée de sa méthode pour ce savon. L’autre marraine de ce savon est une autre amie chère à mon cœur, Mystic qui nous offre régulièrement des savons hommages lors des fêtes liées au cycle des saisons ou à d’autres occasions. Ces savons sont toujours accompagnés d’un moment de partage de sa vie intérieure. Je suis très touchée de cette façon de rendre hommage à ce qui nous est cher par un savon tableau. Je vous renvoie à plusieurs chefs d’œuvre de Mystic dans cette veine, même si tous ses savons sont teintés de spiritualité, certains le sont plus que d’autres.

Me prenant de plus en plus au jeu de la savonnerie, j’ai décidé d’essayer moi aussi de rendre hommage de cette façon à mon auteur favori. Ce sera un hommage en deux parties.

L’œuvre de Jean-François Deniau m’accompagne depuis de nombreuses années. J’ai dévoré tous ces livres, sauf les ouvrages techniques que ce grand spécialiste de la construction européenne a écrit, comme par exemple le marché commun (1958) ou le traité Euratom (1957).

 

Son œuvre littéraire se divise en deux parties, les romans et les écrits autobiographiques. Il a été homme politique, ambassadeur, romancier, grand navigateur, aventurier, mais surtout toujours engagé dans le droit des peuples et la défense des droits de l’homme. Son œuvre me touche depuis de nombreuses années et j’ai choisi de commencer mon hommage par son œuvre romanesque. Ses romans mettent en scène des personnages qui vivent de grandes aventures, mais ce ne sont jamais des héros parfaits, ils ont des blessures secrètes qui entraînent souvent l’échec de leurs projets et les forcent à fuir, ils s’agit le plus souvent d’hommes, il y a peu d’héroïne dans les romans de Deniau, et quand il y en a, elles ont un côté très masculin, ce sont des femmes de pouvoir ou des aventurières (Août dans Tadjoura).

Une des caractéristiques de l’œuvre de J-F Deniau est la répétition, on retrouve les mêmes anecdotes disséminées dans plusieurs romans, dans des contextes variables et souvent aussi dans son œuvre autobiographique. Comme le dit l’un des narrateur (un conteur africain) du magnifique roman philosophique La lune et le miroir, il y a plus de plaisir à réentendre une histoire qu’on connaît déjà ou à écouter une chanson que l’on sait par cœur. Et dans ce sens-là, je me suis souvent retrouvée comme une petite fille qui désire entendre la même histoire avant de dormir.

Comme j’avais décidé de faire ce savon hommage et que j’ai beaucoup de temps lorsque je participe à mes divers marchés, entre les voyages en train parfois très longs et l’attente des clients, je lis beaucoup en ce moment, j’ai donc relu une grande partie de son œuvre romanesque. A la fois pour confronter mes souvenirs, car Deniau est un vieux compagnon de rêve (enfin ses livres bien sûr !) et aussi pour choisir les éléments de mon savon. J’aime tous ses romans et c’était difficile de choisir, je suis comme le héros de La lune et le miroir, roi (en l’occurrence reine) à mi-temps d’un royaume lointain, j’ai d’ailleurs eu plusieurs royaumes successifs.Et je pense ne pas être la seule dans ce cas de figure.

Comme j’aime aussi beaucoup le site de J-F Deniau, qui figure dans mes liens préférés, j’ai choisi d’essayer de reproduire l’image qui figure sur la première page du site et qui est celle de sa maison à Tadjoura, ville de la république de Djibouti. Tadjoura est un de ses romans phares, donc je l’ai choisi pour illustrer son œuvre. Mais il s’agit d’une synecdoque, figure de rhétorique qui consiste à désigner la partie pour le tout. J’aime beaucoup la présentation de ce coin du monde sur le site : « Il y a le bout du monde et c’est après, Tadjoura la mystérieuse, entre mer et désert ».

 

Mon savon Tadjoura

 

Il a été fait en plusieurs parties et en plusieurs jours. J’ai commencé par faire la forêt, en faisant un savon aux orties pour ma boutique. J’en ai fait un peu plus et j’ai coupé des morceaux de forêt dans ce surplus. Il a la même base que le reste, le vert est obtenu en mélangeant de l’ortie en poudre, de l’argile verte et de la spiruline, infusion d’ortie pour la soude, HE de sapin blanc et de pin maritime pour le parfum. (Y a des sapins en Afrique ??!).

Ensuite j’ai fait la maison 50% saindoux et 50% coco, fragrance « châteaux de sable » et je l’ai démoulée le lendemain, puis dimensionnée à sa taille finale, car on aurait pu croire que j’avais prévu de faire le château de Versaille.

 

Ensuite la mer et le ciel :

 

30% coco

10% palme bio

10% tournesol bio

20% colza

30% olive d’Italie bio

Sugraissage à 9% avec le maximum d’eau

Colorant blue teal de TKB dissous dans la glycérine

Fragrance « château de sable » de Sensory

 

Commencer par la mer. Mettre à part un peu de pâte après avoir fouetté durant 5 minutes, ajouter le colorant et terminer au mixer électrique pour avoir une trace plus épaisse, couler la mer.

Sur la mer disposer la forêt, le sable (savon à l’argile bleue coupé en morceaux) et la maison.

Continuer de fouetter le reste de pâte à la main, faire un one pot avec le colorant bleu et verser par-dessus pour faire le ciel.

 

Voici la photo de l’endroit

boutdumonde

 

 

 









Et Tadjoura en savon :

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savon_Tadjoura

 

 


























Bon je reconnais qu’au final le sable et la forêt étaient mal arrimés à la mer et sont un peu partis à la dérive lorsque j’ai coulé le ciel par dessus, quant à la maison, elle penche un peu, c’est peut-être un clin d’œil à la tour penchée de l’oubli, le dernier roman de Deniau… ou un mauvais coup du Grand serpent de mer, dont il parle plusieurs fois dans la mer est ronde.

Après tout, tout peut arrivé à Tadjoura la mystérieuse comme il la nomme.